Si la religion n'était pasproche dela mienne
Mais à présent mon coeur accueille toute forme
Il est une prairie pour les gazelles
Un cloître pour les moines
Un temple pour les idoles
Une Kaaba pour le pèlegrin
Les tables de la Torah et le livre du Coran
Je professe la religion de l'amour et quelle que soit
La direction que prenne sa monture, cette religion est ma religion et ma foi
Lors d'un soir d'ivresse spirituelle à la zawiya, au Maroc, Fabien et moi rédigeâmes une "Ode à l'Amour" que je décidai de faire précéder de ces quelques verbes d'Ibn Arabi et de mettre en musique. L'océan d'amour universel professé par celui qu'on appelle "le plus grand des maîtres" pénétrait chaque pore de mon être, je voulais faire mien, le dire, le transmettre, le partager. De retour à Paris, je tombais sur une émission culturelle à la radio où un certain Émile Shoufani, prêtre arabe israélien, lançait un appel à la compassion et proposait à des juifs et à des musulmans de partir se recueillir ensemble à Auschwitz. Je partageai mon é motion avec une Naouale admirative: selon elle, tous ceux qui voulaient la paix devaient saisir cette main tendue pour sortir de la confusion actuelle et se présenter, non comme Juif ou Arabe, juif ou musulman, mais simplement comme homme. Quelqu'un s'avançait pour poser la première pierre de la réconciliation, non seulement des Israéliens et des Palestiniens, non seulement des Juifs et des Arabes de France, mais de l'homme avec lui-même.
Il était mon devoir impérieux d'accepter de participer à ce voyage quand mon ami Rachid Benzine m'y invita peu de temps après. Quelle preuve d'amour plus concrète que de partager la peine de son frère en se tenant à ses côtés, à plus fort raison quand sa judéité et mon islam pourraient a priori nous éloigner, compte tenu de la tension environnante? Partager la souffrance, c'est se rendre disponible pour un jour se réjouir ensemble, pour construire un autre monde ensemble, pour vivre, quoi! En arrivant au séminaire de préparation de ce voyage - trois jours avec des rescapés, des historiens, ce père Émile si lumineux -, je me réjouis de reconnaître de nombreaux amis dont les visages avaient jalonné mon parcours, et surtout l'imam bordelais Tareq Oubrou présent aux côtés des Jeunes musulmans de France que j'avais tant appréciés. Même Faouzi Skali et le cheikh Bentounès recontré à Strasbourg étaient avec nous spirituellement, puisqu'ils figuraient dans la liste de soutien à l'appel du curé de Nazareth! Je retrouvais là les figures marquantes de mon cheminement spirituel, celles qui m'avaient permis de ne pas désespérer alors que j'étais en pleine crise dans l'slam tel que je le pratiquais. Mais je les retrouvais au carrefour en ayant décidé par moi-même cette démarche, dont je constatais qu'elle était naturelle à ceux qui vivent l'islam comme Voie d'amour et d'ouverture. De nombreux autres musulmans impliqués dans la communauté étaient également mêlés à nos frères juifs, et la promesse incroyable dont cette image était riche me mettait en joie.
L'avion atterrit avec deux heures de retard dans une Cracovie baignée de soleil qui m'évoquait irrésistiblement Strasbourg. En montant dans l'un des douze cars - nous étions cinq cents, venus d'Israël, de France et de Belgique -, je'étais renvoyé au jour où je m'étais rendu avec Majid pour la première fois en bus á la mosquée: je me rappelais le silence interloqué du juif loubavitch à qui nous nous étions adressés quand nous étions perdu. Oui, en vérité, c'était bien un juif à qui j'avais demandé pour la première fois le chemin de la mosquée!
Il était mon devoir impérieux d'accepter de participer à ce voyage quand mon ami Rachid Benzine m'y invita peu de temps après. Quelle preuve d'amour plus concrète que de partager la peine de son frère en se tenant à ses côtés, à plus fort raison quand sa judéité et mon islam pourraient a priori nous éloigner, compte tenu de la tension environnante? Partager la souffrance, c'est se rendre disponible pour un jour se réjouir ensemble, pour construire un autre monde ensemble, pour vivre, quoi! En arrivant au séminaire de préparation de ce voyage - trois jours avec des rescapés, des historiens, ce père Émile si lumineux -, je me réjouis de reconnaître de nombreaux amis dont les visages avaient jalonné mon parcours, et surtout l'imam bordelais Tareq Oubrou présent aux côtés des Jeunes musulmans de France que j'avais tant appréciés. Même Faouzi Skali et le cheikh Bentounès recontré à Strasbourg étaient avec nous spirituellement, puisqu'ils figuraient dans la liste de soutien à l'appel du curé de Nazareth! Je retrouvais là les figures marquantes de mon cheminement spirituel, celles qui m'avaient permis de ne pas désespérer alors que j'étais en pleine crise dans l'slam tel que je le pratiquais. Mais je les retrouvais au carrefour en ayant décidé par moi-même cette démarche, dont je constatais qu'elle était naturelle à ceux qui vivent l'islam comme Voie d'amour et d'ouverture. De nombreux autres musulmans impliqués dans la communauté étaient également mêlés à nos frères juifs, et la promesse incroyable dont cette image était riche me mettait en joie.
L'avion atterrit avec deux heures de retard dans une Cracovie baignée de soleil qui m'évoquait irrésistiblement Strasbourg. En montant dans l'un des douze cars - nous étions cinq cents, venus d'Israël, de France et de Belgique -, je'étais renvoyé au jour où je m'étais rendu avec Majid pour la première fois en bus á la mosquée: je me rappelais le silence interloqué du juif loubavitch à qui nous nous étions adressés quand nous étions perdu. Oui, en vérité, c'était bien un juif à qui j'avais demandé pour la première fois le chemin de la mosquée!
Abd al Malik, Qu'Allah bénisse la France